FRANCOTTE Charles - Sdt - Matricule 1550

1ère Unité Motorisée - 2ème Peloton

 

Soldat Charles FRANCOTTE
1ère Unité Motorisée - 2ème Peloton
Matricule : 1550 

 

Pendant un petit séjour au Calvados en septembre 2012,
 une certaine nostalgie m’a incité à reconstituer le parcours
qui a rendu célèbre la Brigade Piron.


 

 

 LA FORMATION DE LA BRIGADE PIRON
avant sa campagne de Normandie

 

 

Introduction

On était en pleine guerre et les sous-marins allemands sillonnaient les mers du monde entier. Beaucoup de lignes de navigation avaient été supprimées, ce qui empêcha peut-être beaucoup de rappelés de rejoindre  la Grande-Bretagne.
Pratiquement seul, le Commonwealth continua, grâce à la maîtrise des mers de l’Angleterre et la puissance de sa flotte, à assurer les liaisons entre les principales villes de son Empire.
C’est ainsi que l’auteur de cet essai – qui se trouvait en Afrique du Sud, avait pu être acheminé du Cap à Bristol (voir ci-dessous le compte-rendu de son voyage)

 

Après le désastre de mai 1940

La capitulation de l’armée belge sur la Lys le 28 mai 1940 a servi au gouvernement français de bouc émissaire de la défaite française – consommée deux semaines plus tôt sur la Meuse.  La célèbre allocution de Paul Reynaud (il disait notamment : « …en pleine bataille, le roi Léopold III de Belgique, sans prévenir le général Blanchard, sans un regard, sans un mot pour les soldats français, anglais qui à son appel angoissé étaient venu au secours de son pays, le roi Léopold III a mis bas les armes.  C’est là un fait sans précédent dans l’Histoire. » couvrit de honte les réfugiés belges sur les routes de l’exil en France.
Pour les allemands, le texte de la reddition belge impliquait un arrêt total et définitif de toute action hostile des forces belges, où qu’elles se trouvent en France, au Congo ou ailleurs comme en Belgique.  Fin août 1940, le Ministre du Gouvernement belge, le général Denis, avait, pour sa part, rédigé une directive stipulant que toutes les forces armées belges, où qu’elles se trouvent en France devaient se considérer comme englobées dans la capitulation signée par Léopold III le 28 mai.  Mais pour l’écrasante majorité des Belges, militaires ou civils, réfugiés en France puis partis en Grande-Bretagne ou au Congo, la capitulation ne touchait que l’armée belge encerclée en Flandre orientale.  Hubert Pierlot et Paul-Henri Spaak, arrivés bientôt en Grande-Bretagne, proclamaient à leur tête que « L’acte que nous déplorons n’engage pas le pays.  Le gouvernement sûr d’être l’interprète de la volonté du peuple, est résolu à continuer la lutte pour la délivrance du pays. »


 

L’auteur, de l’Afrique du Sud à l’Angleterre

En 1939, l’Allemagne déclencha la guerre en envahissant la Pologne.  S’ensuivit la déclaration de guerre britannique et française.  Bien que neutre, la Belgique était très inquiète.  Se posait notamment l’approvisionnement du Congo Belge.  C’est pourquoi la plupart des sociétés belges qui étaient installées dans la Colonie décidèrent que leurs directions devaient s’y trouver.  Ce fut le cas de la COPHACO, société qui exploitait 14 officines de pharmacie au  Congo et au Rouanda-Ouroundi (orthographe de l’époque) dont mon père était directeur. 
Nous partîmes donc pour Elisabethville (devenue Lubumbashi) au Katanga (devenu Shaba), région la plus saine du Congo.  Ma sœur et moi accompagnaient nos parents qui ne désiraient pas nous laisser en Europe en cette période d’avant-guerre où les communications entre les ports d’Anvers et de Matadi mettaient 21 jours.
Petit à petit, une bonne partie des approvisionnements se faisaient entre le Congo et l’Afrique du Sud, ce qui incita mon père à se fixer au Cap, tout en gardant un appartement au Congo avec lequel il ferait la navette.  Nous nous installâmes au Cap où ma mère et ma sœur restèrent jusqu’à la fin de la guerre.  N’ayant pu encore entamer mes études universitaires, je m’inscrivis au CAPE TECHNICAL COLLEGE où l’on formait notamment les étudiants en pharmacie.  J’avais à peine commencé à suivre les cours et à me débrouiller en anglais qu’arriva mon rappel via l’ambassade.
Après un voyage d’un mois, en convoi sur un navire de la CASTLE LINE, l’ « Arundle Castle », j’arrivai à Avonmouth, le port de Bristol, en mai 1941, d’où je fus acheminé vers Tenby.

 

TENBY

C’est ce petit port et plage du sud-ouest du Pays de Galle qui fut le point de ralliement des militaires belges qui se trouvaient déjà en Angleterre ; ce fut le quartier général des forces belges en Grande-Bretagne.  Petite ville ancienne de 4.500 habitants située sur le canal de Bristol, Tenby en juin 1940 était bondée de réfugiés civils.  Un bataillon du régiment de Manchester y tenait garnison.  Cette ville avait été désignée depuis le début des hostilités comme le centre de rassemblement des militaires belges qui se trouvaient, pour une raison ou pour une autre, en Grande-Bretagne. (Sauf les aviateurs qui étaient rapidement acheminés vers l’une ou l’autre base de la R.A.F.)
C’est ainsi qu’à la fin juin 1940 environ 350 militaires belges de toutes armes, de tous âges et de tous grades – dont une trentaine d’officiers – étaient groupés à Tenby ; parmi eux, il y avait un groupe de militaires qui avaient choisi spontanément de s’engager à Dunkerque.  « Mais le noyau initial des militaires avait été une petite commission d’achat de chevaux qui y avait été envoyée dès le 15 mai, sous le commandement du lieutenant-général van Strijdonck de Burkel, rappelé de sa retraite en service actif par la mobilisation. » (Jacques WANTY, Combattre avec la Brigade Piron, Ed. Collet.)
Deux détachements constitués seulement s’étaient embarqués à Duinkerque, à l’initiative des officiers subalternes qui les commandaient le 28 mai (30 hommes du génie et un même nombre de Chasseurs Ardennais).  Pourtant, l’anarchie régnait dans le camp belge et le général van Strijdonck exerçait ses fonctions improvisées au milieu d’une confusion mentale évidente.  En Anglerre, un effort gigantesque de mobilisation de toutes les forces actives du pays était en cours tant dans les usines et dans les champs que dans les forces armées où l’armement faisait encore défaut.  Pendant ce temps les civils belges volontaires (300) arrivaient petit à petit à Tenby, tandis que les ministres Pierlot et Spaak allaient arriver en Grande-Bretagne de concert avec De Vleeschouver et Camille Gutt qui s’y trouvaient déjà, allaient légaliser une situation insolite.

 

Création des premières unités combattantes et rappel des Belges à l’étranger

Deux unités distinctes avaient été créées le 10 août sous les ordres du Commandant De Paepe, ainsi qu’un peloton de formation de sous-officiers sous les ordres de Jean Bloch.  Le 26 août, l’afflux de volontaires permit de créer une deuxième compagnie d’infanterie sous les ordres du Lieutenant Suetens. 
Entretemps, une des premières décisions du Gouvernement belge en exil qui s’était formé sous la présidence d’Hubert Pierlot, fut de rappeler tous les Belges en âge de porter les armes résidant en Angleterre et d’imposer aux Consulats belges à travers le monde de rappeler les Belges installés à l’étranger.  Ceux-ci devraient gagner la Grande-Bretagne pour gonfler les rangs des « Belgian Forces in the United Kingdom » (les Forces Belges de Grande-Bretagne).( En guise de comparaison, le cas du Général De Gaulle était différent : il était un rebelle authentique contre son gouvernement et c’est son génie politique qui lui permit de constituer « La France Libre ».)
Le 4 septembre, une troisième compagnie fut constituée sous les ordres du commandant Cambier.  Le 26, le bataillon de Manchester nous avait prêté des fusils ainsi qu’un Brengun le fusil-mitrailleur de base de l’armée.  En septembre les casques, le charroi automobile et l’armement complet fut dévolu aux compagnies déjà formées.  En cet été ’40, une grosse majorité d’officiers et de soldats s’abstinrent de critiquer le comportement du Roi Léopold III, les ordres officiels émanant des ministres était de fidélité au Roi : ce n’est que plus tard, avec la prise de commandement de la Brigade belge par le colonel Piron, en février 1942, que l’anti léopoldisme devint bien porté.

 

Le Commandant Cumont

Le 28 septembre, la Première Compagnie quitta Tenby pour Llanelly pour être rattachée à un bataillon du Gloucestershire Regiment et être chargée d’une tâche de défense du secteur côtier.  Le 5 octobre, la Deuxième Compagnie reçut une mission analogue et fut stationnée à Cardigan (Petite ville galloise de 4.000 habitants).  Toujours en octobre, on apprit l’arrivée du commandant B.E.M. Cumont qui fut chargé de constituer un premier bataillon.  Des rumeurs circulèrent que la WAR OFFICE allait constituer une brigade belge légère motorisée comprenant deux bataillons d’infanterie, deux compagnies de chars et un groupe d’artillerie. 
Le Commandant Cumont qui fut bientôt premier Major, garda le commandement pendant deux ans. (Le commandement du 1er bataillon d’infanterie belge fut remis par le général van Strijdonck au commandant Cumont au cours d’une prise d’armes). On assigna à la 2ème Cie, la B COMPANY  comme elle s’appelait désormais,  des exercices en commun avec les compagnies du SOUTHWALES BORDERERS, mais le but final était de mettre au point la défense de Cardigan contre toute tentative d’invasion allemande.  On était en novembre, l’époque des grands raids de la Luftwaffe, celle où s’amplifia le courant d’échappés de Belgique et de France à travers l’Espagne, tandis que les Belges venus des autres pays lointains continuaient d’arriver.
 Le 6 janvier, les deux premières compagnies rejoignirent Penally (à 3 km de Tenby) et furent chargées de la défense de la plage.  Le 15 février, trois ministres, Pierlot, Spaak et Gutt remirent au bataillon belge ce qui serait le drapeau de la Brigade Piron, qui est d’ailleurs resté celui de l’actuel bataillon « Libération ».  Le 21 février 1941, le bataillon belge fut envoyé à Carmarthen, autre petite ville galloise au bord du fleuve Towy, situé à 50 km de là.  Là aussi, il fut chargé d’une mission de défense contre une hypothétique tentative d’invasion allemande, obsession de la Grande-Bretagne.  C’est au printemps suivant que se déchaîna sur Londres un des plus intenses bombardements aériens de toute la guerre.  À travers le pays, les entraînements militaires se multipliaient ; les écoles de formation s’étaient développées où fut convié le staff militaire belge.
En juillet 1941, les forces britanniques avaient conquis la Syrie restée jusqu’alors sous le contrôle de Vichy.  « Deux mille légionnaires des troupes pétainistes allaient se rallier aux rangs gaullistes et alliés ; parmi eux, de nombreux légionnaires belges rejoignirent les nôtres quelques mois plus tard. (Ils constituaient le dixième des forces belges).  La R.A.F. commençait à prendre l’offensive par ses raids de plus en plus massifs sur les villes allemandes.  La parité aérienne à l’Ouest semblait maintenant atteinte.  Le flux des évadés de Belgique et de France s’intensifiait. » (Wanty, o.c.)
C’est en août 1941 que notre bataillon quitta Carmarthen pour Abergavenny et Brecon, et notre camp était installé dans le parc du château, Glan USK Park, au bord de la rivière USK.  Au cours de nombreuses manœuvres, nous fûmes opposés à la HOME GUARD (défense locale comprenant des « non mobilisés » qui s’entraînaient tous les samedis et dimanches).  Notre déménagement correspondit avec une bonne nouvelle, l’entrée en guerre de l’Amérique : ce fut pour Herford, chef-lieu d’un comté de l’ouest de l’Angleterre, à proximité du Pays de Galles.  On était en février 1942 lorsqu’une demande parvint aux bureaux belges de Londres de fournir un premier contingent destiné à subir la formation parachutiste.  Malheureusement, le détachement opéra sans préparation et un sol gelé conduisit à un désastre : les accidents se succédèrent et seuls sept membres du groupe acquirent le brevet parachutiste.  Le séjour à Herford se termina en avril et le bataillon regagna son cantonnement de Carmarthen.

 

Arrivée du Major Piron

Fin juin 1942, les forces belges furent concentrées dans la région de Leamington Spa, une ville d’eau du Warwickshire : un malaise se développa au cours de l’été causé par le désir de combattre le plus tôt possible et la crainte d’une inaction prolongée.  Il y eut un bouleversement dans le commandement, ainsi que des manœuvres se succédant.  À la fin septembre, le major Cumont céda le commandement du 1er bataillon au major Piron et en décembre 1942 celui-ci fut appelé au commandement de l’ensemble des forces terrestres destinées à combattre.
Début octobre fut créé au sein du 1er bataillon un peloton de canons antichars.  C’est alors qu’arriva une grande nouvelle qui marquerait le tournant de la guerre : la bataille d’El Alamein où la 8ème armée de Montgomery battit les Italiens et les Allemands de Rommel.  Le 1er janvier, on assistait à un débarquement des alliés en Afrique du Nord, puis à la débâcle allemande de Stalingrad.  La R.A.F. et l’Aviation Américaine pilonnaient les villes allemandes.

 

La réorganisation

À la mi-janvier 1943, les unités opérationnelles belges quittèrent la Zone Ouest de la Grande-Bretagne – la Western Command – pour être rattachées à la Eastern Command.  Elles s’installèrent à Clacton-on-Sea dans l’Essex et furent entièrement motorisées.  Sous le commandement du Major Piron, elles comprenaient trois Motor units (infanterie motorisée) un groupe d’artillerie à trois batteries, un escadron d’auto-blindées, une compagnie de génie plus un état-major et tous les services logistiques nécessaires.
« Dotée de son équipement définitif et complet, la Brigade belge disposait d’une puissance de feu considérable pour l’époque.  Avec ses 500 véhicules à chenilles et à roues elle était totalement mobile. » (Wanty, o.c.)
Piron avait rapidement tranquillisé ceux qui craignaient que les « Belgian Forces » servaient uniquement de « garde prétorienne » au gouvernement belge en exil.  On savait à présent qu’elles participeraient à l’invasion. D’ailleurs, les indices avant-coureurs d’activités opérationnelles se multipliaient et comme à tous les membres du 21ème groupe d’armées, nous parvint un tract du maréchal Montgomery nous souhaitant « bonne chasse sur les terres de l’Europe ».
Tout le premier groupement belge avait été transféré à la mi-juin 1944 dans des stations balnéaires échelonnées entre Douvres et la rive gauche de l’estuaire de la Tamise, à Ramsgate et Broadstairs  principalement, tandis que les premiers débarquements américains s’étaient effectués le 6 janvier en Normandie.

 

Tilbury

C’est dans l’immense camp de transit de Tilbury où se pressaient des milliers de soldats de toutes armes que se rendirent les 2.300 hommes et les 500 véhicules de la Brigade.
Dans la soirée du 5 août, les quatre « Liberty ships » de dix mille tonnes chacun qui lui étaient assignés se mirent à descendre l’estuaire de la Tamise.  Ils jetèrent l’ancre près de la plage de Courseulles où le 7 août au matin accostèrent les barges de débarquement et l’on transféra hommes et matériel.

 

En Normandie

La concentration des moyens et la réorganisation de la Brigade se fit dans le secteur de la 1ère armée canadienne, à Douvres-la-Délivrance.  Par les petits chemins sinueux de Normandie, la Brigade belge gagna Plancetot où le bivouac s’organisa.  
Placée sous les ordres de la 6th Airborne Division, la Brigade reçut l’ordre de s’établir sur la rive nord de l’Orne, les unités motorisées s’alignant sur la gauche s’appuyaient aux marécages bordant l’estuaire de l’Orne.  À Sallenelles, petit village de deux cents habitants, elle assura la relève de la 5ème Brigade Parachutiste : ce fut le premier contact avec l’ennemi, celui des patrouilles autour de la Ferme du Grand Buisson, dans une région truffée de mines, où un grand bunker allemand commandait d’un côté la route, tandis que de l’autre s’étendait  l’estuaire de l’Orne.  La Brigade déplora son premier mort et ses premiers blessés.
C’est le 17 août que fut donné l’ordre de la poursuite qui se traduirait par la prise de Franceville à l’ouest de Sallenelles.  La suite se schématise par le franchissement de trois rivières dont les Allemands avaient fait sauter les ponts.  À l’aube du 21, l’ennemi s’étant retiré, notre poursuite s’organisa le long de la route côtière.  Bousculant les arrière-gardes ennemies, nous passâmes sur la rive droite de la Dive la nuit du 21 au 22 août.  La poursuite continua.
 Occupant Villers-sur-Mer, nous continuâmes vers Deauville et la Touques dont la rive droite occupée par l’ennemi mitraillait nos premiers éléments.  Nous évitâmes d’occuper Deauville afin d’épargner des représailles de tirs ennemis à cette célèbre Station.  Le Pont de la Touques était détruit et l’infanterie belge passa la rivière sur les débris du futur Pont des Belges et la progression reprit par la route côtière : au crépuscule, notre avant-garde atteignit les hauteurs dominant Honfleur où l’infanterie pénétra, dépassant la ville mais fut arrêtée à Fiquefleur par des feux d’armes automatiques et antichars.  Elle fut rejointe par l’escadron blindé.  Après que les Allemands eurent abandonné les hauteurs de Fiquefleur, le Général Piron reçut l’ordre de concentrer la brigade à Berville devant le vaste estuaire de la Seine et d’où, vers l’ouest, on apercevait Le Havre. 
Quittant la 6th Airborne Division qui allait rentrer en Angleterre pour être réorganisée et se préparerait à d’ultimes opérations, nous passâmes aux ordres de la 49ème Division commandée par le major-général Evelyne Barker.  Dans la soirée du 28 août, nous reçûmes l’ordre de franchir la Risle à Pont-Audemer et de nous établir à Corneville.  C’est le 1er septembre que la marche vers Le Havre put être entamée et bientôt les blindés de l’escadron atteignirent Bolbec et Harfleur.  Ignorant les succès de nos alliés, nous apprîmes que partout la Seine avait été franchie.  Paris était libéré.
Les armées anglo-américaine et française progressaient vers la Belgique.  Relevés par la division du général Bakir, nous traversâmes Rouen.  Le bilan de nos quatre semaines de combat n’était pas trop mauvais.  Les soldats s’étaient battus vaillamment et nous n’avions pas subi de lourdes pertes : nos 2.500 hommes avaient libéré la Normandie de l’Orne à la Seine.

La reconnaissance des Normands du Calvados

Le peuple du Calvados a voué une reconnaissance éternelle à la Brigade Belge dont le parcours normand est parsemé de "souvenirs".
La première plaque commémorative est à Ranville-sur le Moulin.  À Sallenelles ensuite, une plaque dans la rue principale rend hommage à Edouard Gérard, premier soldat belge tombé au champ d’honneur.  Plus loin, près de la mairie, un monument imposant en marbre est dédié à la mémoire des combattants belges et luxembourgeois de la 1ère Brigade Belge tués à Sallenelles (une plaquette rajoutée en 2004 précise leur nom).
À Merville-Franceville, une stèle belge témoigne la reconnaissance de la population à la Brigade Piron (et est dédiée aux quatre soldats et sous-officiers tués le 18 août 44 au cours des combats pour la libération de Merville-Franceville).  À Le Home-Varaville une stèle en face de la mairie porte le nom de la « Place  Brigade Piron ».
Ensuite, on entre à Cabourg par le « Boulevard des Belges » : la plaque belge se trouve au Bureau des Postes.  À Houlgate, voisine de Cabourg, il y a en face de la mairie une stèle dédiée à la mémoire « des soldats Belges tombés à Houlgate le 21/8/1944 ».  Les noms des six militaires belges tombés le 21 août figurent ensuite à Auberville sur un monument de deux mètres de haut équipé d’un blason de la Brigade.
Deauville et Trouville sont séparées par le pont sur la Touques baptisé Pont des Belges – qui arbore en permanence le drapeau belge – sur lequel  une plaque commémore deux noms : Fourner et Rouche.  Trouville possède son « Square de la Brigade Piron » juste à côté de l’ancienne « Poissonnerie ».

Après la Normandie

Mais les aventures de la Brigade n’étaient pas terminées : en septembre 1944, elle peuvent se schématiser comme suit :

Un rallye automobile Le Havre-Bruxelles entre le 1et et le 4 septembre 1944.

La « foire » ou la « Kermesse » à Bruxelles du 4 au 10 septembre.

La prise de Bourg-Léopold le 11 septembre.

La Bataille du Canal de Wessem à partir du 24 septembre.

Enfin, à partir du  15 décembre 1945, la Brigade Piron participa à l’occupation en Allemagne, tandis que l’on procédait à la démobilisation des rappelés pendant l’été 1945.

 

Ancien Combattant de la Brigade Piron (Matricule 1550) ayant fait partie en dernier lieu de la Compagnie Etat-major de la 1ère Brigade Libération dont j’ai été démobilisé le 15/08/1945.


 

Appendices

La participation des Grand-ducaux

Parmi les réfugiés qui quittèrent Duinkerque après la débâcle de ’40 pour gagner l’Angleterre, il y avait des Grand-Ducaux.  Il y en eut de même parmi les évadés qui arrivèrent en Grande-Bretagne vie la France et l’Espagne.  Tous ces Luxembourgeois se mirent à la disposition de leur Souveraine, devenue le symbole de l’indépendance du pays.
Toutefois, comme le gouvernement du Grand-Duché ne disposait pas d’une unité combattante nationale, ils s’engagèrent chez les Alliés.  Pourtant, au fur et à mesure que les arrivées des Luxembourgeois se multiplièrent, ils insistèrent pour combattre sous leur propre drapeau.  C’est alors que le gouvernement Pierlot proposa à son partenaire de l’Union Economique de grouper les volontaires luxembourgeois dans le cadre des « Forces Belges en Grande-Bretagne ». 
La situation juridique, du point de vue allemand de ces jeunes Luxembourgeois était infiniment plus dangereuse que celle des Belges ou des autres alliés, puisque le Reich les réputait désormais sujets allemands, ce qui fit qu’en cas d’accident les pénalités qui leur seraient infligées se trouveraient plus redoutables… le ministre des affaires étrangères luxembourgeois assuma « toute la responsabilité de l’entreprise » : au moment de signer leur incorporation, les recrues grand-ducales reçurent l’assurance écrite qu’ils seraient regroupés dès que possible dans une unité luxembourgeoise.
En fait, on les regroupa dans la batterie d’artillerie des Belgian Forces.

Ordre du Jour de mai 1945 du Colonel Piron aux Soldats de la Première Brigade « Libération »

À l’heure où les armées allemandes qui nous font face, capitulent sans condition, je tiens à m’adresser à vous tous pour vous remercier de ce que vous avez fait pour que notre patrie soit Libre, Une et Grande.
Je m’adresse aux Anciens de la Brigade, à ceux qui ont accepté tant d’épreuves pour rejoindre les Forces Belges en Grande-Bretagne, à ceux qui ont vaillamment combattu en Normandie, en Belgique et en Hollande pendant la campagne de 1944, à ceux qui ont inscrit au Livre d’Or de notre Armée une de ses belles pages de gloire.
Je m’adresse aussi aux Nouveaux qui sont venus même du Moyen-Orient pour nous renforcer de tout leur enthousiasme, de toute leur bravoure. 
Pendant les combats que nous venons de livrer, ils se sont montrés dignes de leurs aînés.  D’ailleurs, bon nombre d’entre eux avaient poussé leur valeur dans les rangs de la Résistance.  J’adresse à nos chers Morts un souvenir ému et fidèle.
Je me crois en droit de vous dire que vous avez bien mérité de la Patrie et qu’avec des hommes tels que vous, sa grandeur et son avenir sont assurés.
Vive la Belgique.  Vivent nos grands Alliés !
Le Colonel B.E.M. PIRON D.SO., Commandant de la 1ère Brigade d’Infanterie « Libération ».